L’avenir des RASED dans le 05

lundi 26 juin 2017

L’avenir des RASED ?
Au delà de la formulation ’école inclusive’, que pouvons nous offrir à chaque élève porteur d’une volonté, d’un projet de vie, d’une différence, d’un handicap et/ou d’un talent ?
La loi Monchamp de 2005 fait état d’une égalité des droits et des chances pour l’inclusion à l’école publique de tout enfant, quel que soit son handicap ou sa difficulté.
Depuis plusieurs années, on assiste à la fermeture d’ IME, à l’engorgement des centres médicaux psycho-pédagogiques (CMPP) ou des centres médicaux psychologiques ( CMP), avec en parallèle une augmentation du rôle de l’école que l’on renomme ’ école inclusive’. Ce concept doit se doter de moyens existentiels et concrets lui permettant de se réaliser dans la réalité du quotidien.
Les RASED ( Réseaux d’aide à la scolarisation des élèves en difficulté) constitués d’une psychologue scolaire, d’un enseignant spécialisé dans la remédiation ( maître E) et d’un rééducateur ( maître G) sont une des aides à l’inclusion, avec un personnel formé et intervenant sur le terrain.
Mais quelle est leur situation dans le département ?
Sur 12 antennes RASED, seulement 5 sont au complets, seulement 6 maîtres G sont en poste. Malgré des personnes volontaires, les propositions de départs en formation sont insuffisantes.

Par ailleurs, des changements annoncés soulèvent des interrogations :
Les psychologues scolaires ne seront plus recrutés dans le corps des professeurs des écoles.
Le CAPA-SH ( 400 heures de formation contre 750 pour le CAPSAIS initial) devient le CAPPEI : certificat d’aptitude professionnelle aux pratiques de l’école inclusive ( 300 heures de formation à plus 100 heures de modules de formation à initiative nationale.
Les modalités de passation du CAPPEI changent sensiblement les orientations des missions des enseignants spécialisés. Les spécificités des maître G et E y sont gommées puisque seulement quelques heures de formation différencient les 2 options. La formation amalgame les professeurs de collèges et de primaire, permettant à tous de passer des ULIS primaires à des ULIS collèges. Les candidats ne présentent plus un mémoire ( objet de réflexion mûrie de connaissances universitaires et d’expérimentations sur le terrain). Ils sont jugés sur la présentation d’une seule séance devant un groupe d’élèves ( à la place de 2 séances ) et sur la présentation d’un dossier de pratique professionnelle, témoignant d’un rôle de personne ressource joué dans une équipe pédagogique en matière d’aide à l’inclusion.
Cette modification de la notion d’aide glisse imperceptiblement des élèves aux équipes pédagogiques. La priorité se situe-t-elle encore dans un suivi des élèves en difficulté ou dans un rôle d’ observation, d’analyse et de conseils envers les enseignants demandeurs ?

Trois réunions de travail, animées par la conseillère pédagogique en ASH et par une enseignante chercheuse, ont été proposées afin de préparer les membres des RASED aux futurs changement de leurs missions. Elles ne sont pas encore actées par un nouveau décret. Voici les points abordés lors de ces réunions :
L’analyse d’un enfant en difficulté ne passe plus par le trouble, mais par le besoin.
La compensation offerte à un élève peut-être utilisée pour tous les autres. Une fois explicitée et ritualisée, elle peut être gérée par l’enseignant de la classe.
Les suivis en petits groupes ou en individuels sont déconseillés au profit de la co-intervention dans la classe. Les aides hors de la classe, considérées comme externalisantes sont dévalorisées.
L’ observation , l’analyse et la co-intervention devraient constituer 50% des aides apportées.

Les enseignants spécialisés et les psychologues savent, avec leur expérience, qu’il faut parfois un certain laps de temps passé avec un élève, avec sa famille et avec le maître de la classe avant de comprendre sa problématique et avant de trouver les leviers de réussite à mettre en place. La FNAREN ( fédération nationale de l’association des rééducateurs de l’éducation nationale), selon plusieurs études réalisées, affirme qu’il faut du temps, un espace sécurisé et une revalorisation rassurante en dehors du grand groupe, dont le rythme est parfois épuisant, avant qu’un enfant accepte de s’emparer d’une aide proposée et avant qu’il en tire les bénéfices. De plus, chaque pathologie peut entraîner des altérations différentes selon les individus, leur histoire, leur degré de fragilité et leur personnalité.

Qu’est ce que l’Éducation Nationale est prête à offrir aux enfants les plus fragiles afin de les aider à vivre au mieux leur scolarité dans la réussite et l’épanouissement ?
La question de l’inclusion changé de paradigme. Elle a évolué intellectuellement et moralement. Elle doit à présent se poser en terme de moyens : effectif des personnels spécialisés, temps offerts à l’enfant, temps de concertation et formations de qualité proposés aux enseignants, espaces adaptés des écoles et des classes souvent exiguës .
La dernière réunion de travail a porté sur un rééquilibrage voulu par le DASEN entre les antennes RASED et les secteurs écoles/ collèges et lycées. Une telle répartition, après travail de réflexion, n’a pu aboutir car elle occasionnerait un déséquilibre encore plus important entre chaque secteur de RASED. Seule la création d’une antenne RASED supplémentaire permettrait une cohérence de travail acceptable.
Pour l’instant, le statut quo est laissé au fonctionnement des équipes, tel qu’il se réalise actuellement, avec la mobilité et l’énergie des enseignants et des membres RASED pour tenter de pallier les manques.
Dans les secteurs ruraux géographiquement vastes, une autre inquiétude apparaît en ce qui concerne les indemnités de frais de déplacement dont on annonce la réduction l’année prochaine, avec une gestion des déplacements et des priorités, pilotée par les inspecteurs, par le biais des pôles ressources. Si l’ont considère la complexité d’organiser une action de l’ensemble des personnels du pôle ressource, on peut s’interroger sur l’efficacité d’un tel dispositif qui risque d’entraver la démarche actuelle des RASED. Cette démarche repose actuellement sur des concertations régulières de terrain entre les psychologues scolaires, les enseignants spécialisés et les équipes pédagogiques. Les critères de priorités d’actions, qui seraient induites par la volonté de l’inspecteur de circonscription n’ont pas été énoncés. Jusqu’alors, le professionnalisme des acteurs des RASED leur a permis d’agir dans une connaissance du terrain approfondie par les liens avec les équipes pédagogiques, les familles et les élèves. Ce fonctionnement a favorisé leur capacité de réactivité et de mobilité. L’avenir est incertain.


Documents joints

Texte L'avenir des RASED
4 pages Collectif RASED